La Visite Givrée

L’histoire

Ce spectacle ambulatoire s’appuie sur un texte original fraichement écrit par Florence Kolski, qui raconte l’histoire d’un jardinier municipal promu guide touristique et d’une employée de médiathèque qu’on a changée de poste en raison de la pandémie. Dans une atmosphère tendue, sur fond de jalousie professionnelle et de secrets soigneusement gardés, se nouent sous les yeux du public les drames et les joies d’une histoire d’amour naissante.

La VISITE GIVRÉE sera une parenthèse pour retrouver notre liberté de se distraire et le plaisir d’être ensemble sans se poser la question de la distance. Comme elle se déroule sur un espace géographique réduit, le parcours proposé est très limité et ne présente pas de difficultés particulières pour les personnes ayant du mal à se déplacer.

Le lieu de la visite devient le décor du spectacle. Peu importe qu’il soit beau, laid, remarquable ou sans intérêt, il sera le cadre d’un spectacle ambulatoire plus proche d’une visite artistique que d’une visite touristique. Même si la balade collective a son charme, ce n’est d’aucune façon une visite guidée dont le but est la connaissance historique du lieu de l’évènement.

La VISITE GIVRÉE n’est pas une simple animation. Elle est construite autour du thème de l’art d’hier et de demain mais se veut plus humoristique qu’instructive. Elle offre également aux participants l’occasion de marcher ensemble et de se réunir de façon insolite autour de deux comédiens professionnels habitués aux spectacles interactifs, friands des surprises qu’occasionne la sortie du carcan du théâtre traditionnel et défenseurs d’une forme de théâtre sans effet qui repose sur le texte et le talent des artistes.

Extrait

Lolo ! Reviens ! Mais quelle mouche l’a piqué ? Je ne veux pas lui prendre sa place. Je voulais être près de lui, l’air de rien. Je l’aime bien moi. Depuis la primaire. Il était trois classes au dessus. En plus, je n’ai pas de chance : quand il est parti au collège, j’ai encore redoublé. Je n’ai jamais pu le rattraper. Il était en pension, il venait juste en vacances. Il ne m’a jamais remarquée. Alors, j’ai fait ma vie. Puis tout le monde est parti, les enfants, le mari. Ça fait des années qu’il est séparé lui aussi mais il ne me voit même pas. Remarque aujourd’hui au moins, c’est fait. Je ne savais pas qu’il voulait garder sa place aux jardins. Moi, avec la covid j’ai perdu la mienne à la bibliothèque. Il a fallut me recaser. On ne m’a pas demandé mon avis. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont mise aux jardins et lui aux visites. Ils ont dû penser que je n’étais pas capable de parler. Tout le monde me prend toujours pour une idiote. Depuis que je suis gamine, je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je suis blonde. Remarque, avant de me faire décolorer c’était pareil.

Bon, pas trop besoin de lire les notes. C’est moi qui ai écrit le texte des visites. Ils m’ont dit de le faire comme il n’y avait plus de public à la bibliothèque. Le maire m’a donné carte blanche pour répertorier les endroits remarquables de la commune. Alors j’ai voulu faire connaitre une petite oeuvre de rien du tout qui émeut autant qu’une grande oeuvre à la renommée internationale comme la maison post-contemporaine. J’ai écrit une note sur ce petit parterre parce je l’adore. C’est Lolo qui l’a réalisé. Regardez. C’est beau. C’est très émouvant, n’est-ce pas ? C’est l’étant en son entier qui a éclos dans ces plantes. Comme a écrit Heidegger « la beauté est un mode de séjour de la vérité en tant qu’éclosion ».

Bon, c’était ça la note que j’ai écrite sur ce parterre. On rentre, messieurs-dames, peut-être qu’ils vous rembourseront. Suivez-moi.